Rando et smartphone : ma leçon apprise sur un rocher aveyronnais
Août dernier, quelque part dans l’Aveyron, assis sur un caillou plat pendant trois quarts d’heure. Objectif : attendre qu’une misérable barre de 4G pointe le bout de son nez pour localiser ma pomme. Devinez quoi. Rien. J’ai fini par redescendre au flair, en longeant un cours d’eau, telle une âme perdue de 1850 mais avec un iPhone hors de prix qui vibrait dans ma poche. La honte totale.
Résultat, maintenant je charge mes cartes AVANT le départ. Dit comme ça on dirait une évidence, sauf que la quasi-totalité des randonneurs ne s’en soucient pas. On boucle son sac le vendredi soir en se disant que le réseau fera le taf. Il ne fait jamais le taf. Et tant qu’à digresser un peu : si tu apprécies les moments cocon quand la pluie s’invite entre deux sorties, les jeux de Casino Extra peuvent meubler une soirée dans un gîte perdu (à supposer qu’il y ait du réseau, ironie totale).
Passons. On reparle de cartes.

Ce qui est drôle avec Google Maps c’est que le mode hors ligne existe depuis des lustres, mais bien caché. Il faut naviguer dans son profil, chercher l’option « cartes hors ligne », tracer un rectangle à la main sur la zone voulue. Aucun utilisateur ne fait ça naturellement. Et pire : seuls les axes routiers se retrouvent stockés, pas les chemins de rando. Pour une balade dans les ruelles de Porto, ça dépanne. Pour arpenter un massif dans les Alpes, autant utiliser une boussole en plastique.
À propos de montagne d’ailleurs, l’affaire récente des deux marcheuses paumées dans les Pyrénées après avoir suivi un itinéraire craché par ChatGPT m’est revenue. Le chatbot leur avait inventé un parcours qui n’existait pas physiquement. Bilan : PGHM, hélico, tout le folklore. J’ai ri jaune parce qu’on a tous, un jour, eu la flemme et pensé demander à une IA « trace-moi une boucle sympa de 12 bornes autour de ce bled ». Sauf qu’une IA fabrique des chemins comme elle invente des citations. Elle te fera grimper vers un col qui n’existe que dans les tréfonds statistiques de ses données d’entraînement.
Mon réflexe personnel désormais, c’est une appli spécialisée. Il y en a un beau paquet qui font le job correctement : celles construites autour d’OpenStreetMap ont ma préférence, parce que la communauté y référence jusqu’aux traces de chamois. Tu télécharges la zone en Wi-Fi, tu bascules en mode avion, et le GPS de ton téléphone continue tranquillement son boulot (petit rappel utile : le GPS n’a strictement rien à voir avec internet, c’est une histoire de satellites, pas de datacenters). Beaucoup de monde l’ignore encore, curieusement.
J’en ai essayé une bonne dizaine. Des gratuites, des payantes vers 25-30 euros l’année pour la formule complète. Mon critère décisif reste toujours le même : est-ce que je peux tracer un parcours sur mon ordi le matin et le récupérer sans souffrir sur mon smartphone l’après-midi, sans devoir exporter un GPX bizarre pendant vingt minutes. Quand ça marche, ça marche. Quand c’est bancal, tu jettes l’éponge en deux essais.
Côté Google, leur Maps se gave d’IA depuis quelques mois. Synthèses d’avis, suggestions taillées à ta sauce, dialogue avec un assistant pour dénicher une pizzeria. En zone urbaine, sympa. Dans un vallon reculé, aucune utilité vu qu’il n’y a pas un octet de data qui circule. Le paradoxe étant qu’on installe des applis toujours plus lourdes, toujours plus branchées au cloud, alors que la question fondamentale — où suis-je bordel — se résout avec 180 Mo de tuiles téléchargées.
Point suivant : l’autonomie. Le GPS pompe grave, particulièrement si tu laisses l’écran actif. Sur huit heures de marche, je perds tranquillement 40% de batterie, même avec le mode éco activé. Une petite powerbank de 5000 mAh au fond du sac, c’est le confort ultime. Ça ne pèse quasi rien et ça évite de finir avec un téléphone en carafe à 17h dans un fond de vallée où même les marmottes t’ignorent.
Allez, il est presque 23h, je boucle le sac pour demain matin. Cartes chargées. Batterie pleine. Ce fichu rocher aveyronnais aura eu du bon.