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HISTOIRE avec un grand H... et petites histoires du village

 

 

A-Guerre-1870-1    

LA GUERRE DE 1870…

 

ou comment Asnières a vécu

la bataille de Dijon

 

 

Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse.

Le 30 octobre, l’ennemi est aux portes de Dijon.

Le 31, vers 3 heures de l’après-midi, par une pluie battante, la ville est occupée, tandis que les combats continuent dans les villages environnants. L’ennemi fusille, pille et incendie. Il est harcelé par les troupes régulières françaises et les francs-tireurs.

Garibaldi, commandant l’armée des Vosges et qui est resté à Dôle, fait mouvement en direction de Nuits-Saint-Georges pour barrer la route aux Prussiens qui tentent de poursuivre leur avance vers le sud ; ils sont arrêtés à Nuits et se replient sur Dijon.

Une volonté farouche de vaincre anime nos soldats qui bousculent l’ennemi et, le 27 décembre, la capitale bourguignonne est délivrée : c’est la liesse générale.

Les Allemands, furieux de leur défaite, répandent la terreur dans tout le secteur et rassemblent leurs forces pour reconquérir le terrain perdu ; des combats sanglants ont lieu à Messigny, Hauteville, Talant et Fontaine.

Le 23 janvier, ils s’avancent d’Ahuy à travers champs, sur la route d’Is-sur-Tille. On en voit sortir de Bellefond et d’Asnières. Ils établissent deux batteries à la ferme de Valmy. La bataille fait rage… Alors intervient Garibaldi ! L’ennemi est contenu, il est repoussé, il décroche. C’est le désordre dans ses rangs.

Garibaldi rentre à la Préfecture à 5 heures, acclamé par la foule.

Les Prussiens couchent à Asnières, Messigny, Vantoux… Au point du jour, craignant une attaque, ils crénèlent les jardins et les clos d’Asnières du côté de Dijon.

Ils amènent dans le village cinq prisonniers français, dont deux blessés peu grièvement, qui sont fusillés.

Un maréchal de Dijon, nommé Pognon, est assailli par les Allemands en retraite et reçoit dix blessures : il fait le mort. On le transporte plus tard chez Claude Mercier [1] d’Asnières où il reçoit les premiers soins.

Dijon n’est pas reprise.

L’Armistice est signé le 28 janvier 1871.

Nous perdons du même coup l’Alsace et la Lorraine et l’Allemagne réclame cinq milliards de francs de dommages et réparations.

 

 

Une page d’histoire de la France était tournée…

Il restait à panser les blessures…

 

 

À Asnières, les dégâts occasionnés par le stationnement des troupes laissaient la commune appauvrie et accablée de dettes.

 

C’est pourquoi :

L’an 1871, le vingt six juin à 8 heures du matin, le Conseil municipal réuni, au lieu ordinaire de ses séances, entend un exposé du Maire, signalant les faits suivants :

 

 

La commune d’Asnières a à payer :

 

1. à M. Chaussenot, maçon, pour avoir réparé le mur du jardin
   de la maison d’école                                                                                               20.00 F
2. à M. Goujon, marchand de bois de chauffage pour                                             132.00 F
3. à Mme Gilbert, épicière, de la bougie pour

   (la commune a été obligé de brûler ce bois et cette bougie pour chauffer
   et éclairer les Français et Prussiens établis à Asnières)                                        36.00 F
4. Les pertes et les réparations des dégâts causés à la Maison d’École
    pendant le « piétage » des troupes les 23 et  26 janvier 1871 après
    la bataille de Dijon et qui consistent en :

    - clairon de la garde nationale d’Asnières, brisé par les Prussiens –
    dans les archives de la Mairie – acheté à M. Henry, luthier à Dijon
    et non encore payé                                                                                                15.00 F

5. Remplacement de la porte des lieux d’aisance qui a été brûlée
   et pose d’une serrure                                                                                                5.00 F

Total        213.15 F

 
 

 

Monsieur le Président propose à l’assemblée d’aviser un moyen de payer cette somme si énorme pour les faibles ressources de la commune qui n’a presque plus rien en caisse.

- le Conseil municipal, considérant que la commune doit 213.15 F pour les dépenses ci-dessus dénommées ;

- que le village, pillé trois fois, a été un des plus maltraités des environs de Dijon, notamment les 23 et 26 janvier après la bataille de Dijon, époque à laquelle les habitants ont été entièrement dépouillés du peu qui leur restait par les Prussiens furieux repoussés de Dijon ;

- que la commune est grevée de dettes énormes, qu’elle ne possède presque point de revenus, qu’elle est frappée d’impositions extraordinaires très lourdes pour longtemps encore et qu’elle ne possède aucun reçu pour les fournitures qu’elle a faites tant à l’armée allemande qu’à l’armée française ;

- sollicite de la bienveillance et de la justice de M. le Préfet une subvention en rapport avec les faibles moyens de la commune, afin qu’elle puisse payer les dépenses qu’elle a été obligée de contracter pendant les tristes jours qui viennent de s’écouler.

 

Le Maire du moment se nommait Pierre Sauvageot.

 

 

Source documentaire

Chronique communale d'Asnières-lès-Dijon, 1986.
 

[1] Claude Mercier : né en 1835, décédé le 4 mars 1912, héros de son temps, plus tard Conseiller municipal, il a donné naissance à une nombreuse progéniture  dont la plupart des descendants habitent encore Asnières aujourd’hui.

 

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Fait divers…

 

 

 

          Cejourdhuy dixième jour du mois de brumaire an troisième de la République Francaise a trois heur après midi, par-devant moi Antoine Chaudié officier public de la commune dasniere departement de la Côte d’Or, élu le cinq novembre (vieux styl [1]) mil sept cent quatre vingt douze pour recevoir les actes destiné a constater la naissance, les mariage et les décè des citoyens et comparut en la maison commune Henry Courtois juge de paix du canton de Messigny y demeurant département de la Côte d’Or le quel assisté de François Bernot greffier de la ditte justice de paix, et de François Chauvelot agent national de la commune d’aniere, le premier demeurant dans la municipalité de Messigny, le deuxième dans la municipalité d’anière, tous deux dans le département de la Côte d’Or, le quel a déclaré a moi Antoine Chaudié officier public quayant été instruit qu’un citoyen avait été trouvé mort sur la grande route de Dijon a Langres et sur le finale du dit ânière lieu dit en la Combe Tobin, il sest transporté sur le lieu et a rédigé le présent procès verbal dont la teneur suit :

          Cejourdhuy dix brumaire lan troisième de la république francaise une et indivisible, heur de dix du matin, nous Henry Courtois Juge de paix du Canton de Messigny district de Dijon sur la réquisition qui nous a été faitte par Antoine Chaudié officier public de la Commune d’anière nous nous sommes transportés sur le finage du dit ânière lieu dit en la Combe Tobin, ou étant assisté de François Sauvêtre officier municipal et de François Chauvelot agent national du dit Anière, avoir trouvé un cadavre masculin gisant par terre sur son côté droit, jettant du sang par le né et par la bouche sans autre playe aparante, le dit cadavre habilié dunne veste de droguet Bleux, un gillet de droguet gris blanc, une cullotte de pane grise sicelée, des gaitre de toille grise, des Bas de laine gris, soulier férré, un mouchoir dindiene lui servant de Col sans boucle de Col ni de soulier, ni de Gartière le tout étant lier avec du cordon, un mauvais chapeaux, et a quelque pas de ce cadavre un Chariot a timon monté sur quatre roux sur le quel il ni avait que quatre botte de foin, des chene de fer, des corde, et une perche a foin, et avoire aussi trouvé sur la même place le citoyen Jean Jacques cultivateur domicilier dans la commune de Thierville district de Verdun département de la meuse le quel nous a déclaré que le cadavre sus dit était celui du nommé Jacques Grégoire manouvrier domicilié dans la commune de Fromereville, distance dune lieu du dit Thierville, le quel faisait route avec lui comme étant chargé de la part de Sébastien Roger et de Jean Roger aussi, habitan de la commpune de Thierville d’aller charger a Chalon sur Saône du savon, en vertu de la réquisition a eu faitte par le directoire du district de Verdun du vingt quatre vendémiaire dernier qui nous a été représenté par le dit Jean Jacques qui faisait route ensemble. En concequence le jour d’hier sur l’heure de quatre après midi, et devançant du dit Grégoire d’environ trois cent pas sur la grande route de Langre a Dijon, il fut joint par d’autre voiturier qui venait de Dijon et quil lui crière que son compagnon venaitde verser, quil retourna aussitot sur ses pas pour le secourir, quêtant en effet arrivé auprè de lui, il avait trouvé le chariot sans dessu dessou, les cheveaux renversé les un sur les autre et son camarade pris et étoufé sous le brancard du dit chariot, quayant relevé le dit chariot avec beaucoup de pêne il a trouvé le dit Grégoire mort quensuite il a pris les cheveaux au nombre de six, et quil les a conduit dans lauberge du citoyen Pelisonnier a Norge ou il ont passé la nuit, et en a eu soin comme des sien et quaussitot son arrivé au dit Norge il donna avis au maire de ctte commune du malheur arrivé au dit Grégoire, et que le maire en concequence donna des ordres a la municipalité d’Anière, la quel envoya sur le champs les citoyens François Sauvêtre officier municipale et Pierre Noirot manouvrier qui ont gardé le dit cadavre toute la nuit et jusquaux moment de notre arrivé, nous a pareillement déclaré le dit Jean Jacques quil avait fouillé le dit cadavre et quil avait trouvé dans ses poche deux porte feuille contenant des assignats lesquel porte feuille il nous les a remis a linstant et vérification faitte d’iceux, il s’est trouvé dans le premier une somme de neuf cent soixante deux livre enveloppé dun dossier de papier éticté de pareille somme, scavoire un assignat de quatre cent livre, un de deux cent cinquante livre trente, un autre de dix livre chacun, et quatre autre de dix sols chacun, plus une somme de sept cent livres renfermée sous une enveloppe éticté de pareille somme, en soixante et dix assignat chacun dix livres, dans lautre porte feuille une somme de cent trente livre quinze sols, et comme il paraît par l’arrété du directoire de Verdun sur datte que les voituriers chargé de la réquisition pour voituré le dit savon devait payer pour remboursement au receveur du coche de Chalon une somme de neuf cent soixante deux livres, nous avons remit la sus ditte somme au dit Jean Jacques pour en faire lusage requis, lui avoir pareillement remit la sus ditte somme de sept cent livre dunne part, et cent trente livres quinze sols de lautre ainsi que les ardes et habilement du dit Grégoire, a la charge pour lui den rendre compte soit au commettant du dit Grégoire soit a son héritier, ce qui a été accepté par le dit Jean Jacques. En foi de quoi, il s’est sousigné avec nous et le dit François agent national et Antoine Chaudié officier public comme témoin signé sur le procès verbal Jean Jacques François Chauvelot agent national, Chaudié Bernot greffier et Courtois juge de paix.

          Et a l’instant et survenu sur notre invitation le citoyen Jean Baptiste Guiot chirurgien demeurant a Messigny, le quel après avoire visité et examinait du dit cadavre, nous a dit et rapporté qu’il avait reconnu que la mort du dit Grégoire avait été aucasioné par le coups qu’il a éprouvé par le brancard du chariot qui en renversant sur lui a comprimé la gorge et la étoufé, et quil na pas reconnu dautre cause de sa mort attendu quil ny a aucune playe ni fracture mais seulement une tamé fraction au sol et une fente a la levre inférieur, et le dit Guiot signé avec nous et les officiers sus nommé, signé au procès verbal Guiot chirurgien, François Chauvelot agent, Chaudié Bernot greffier et courtois juge de paix.

          Et ne se trouvant pas d’autre témoin a entendre sur l’accident dont il s’agit et personne ne réclamant le dit cadavre nous lavons léssé en la possession du dit Chaudié officier public qui sen et chargé pour le faire inhumer suivant l’usage et a signé, Chaudié, Bernot et Courtois d’après la lecture de ce procès verbale que François Bernot, et François Chauvelot ont déclaré ettre conforme a la vérité je me suis sur le champs transporté au lieu de la ditte Combe Tobin ou je me suis assuré du décès de Jacques Grégoire, et j’ai rédigé en vertu des pouvoirs qui me sont délégué le présent acte que Henry Courtois juge de paix et François BErnot, François Chauvelot ont signé avec moy.

          Fait à la maison commune d’Anière cejourdhuy dix Brumaire an Troisième de la république française une et indivisible.

 

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Commentaire

Cela se passait il y a deux cents ans. Il nous a paru intéressant de publier cette enquête consignée dans le registrée d’État civil de l’An 3 de la République. Il apporte des enseignements sur le mode de transport des marchandises à l’époque, les distances parcourues par les voituriers, l’importance (déjà !) de la route de Langres entre le sud de la région, voire même de la France, et l’Est…

Suite à la description de la victime, on peut dessiner le portrait-robot du personnage : veste et gilet de droguet [2], culote de panne, [3] mouchoir d’indienne [4], mauvais chapeau, souliers ferrés, guêtres de toile grise, bas de laine, etc.

 

Le lecteur est obligé de faire une gymnastique de l’esprit pour remettre de l’ordre dans l’orthographe et la syntaxe de ce texte.

 

 

 

Source documentaire

Chronique communale d’Asnières-lès-Dijon, 1993.

 

 

[1] Vieux styl (ou style) : nos aïeux avaient des difficultés, sans doute, à transposer du calendrier grégorien au calendrier républicain, comme nous pour convertir les « anciens francs » en « nouveaux francs » (et ne parlons pas des euros actuels…).
[2] Droguet : étoffe de soie, de laine ou de coton, assez épaisse, dont on se servait pour confectionner des vêtements (de fête ou de sortie). Nous supposons donc que la victime avait revêtu « ses beaux habits » pour ce voyage.
[3] Panne : velours brillant à poils couchés, en soie, coton ou laine.

[4] Indienne : toile de coton légèrement colorée par impressions.
 

 

 

Commentaire actuel

L’orthographe et la syntaxe de ce texte me rappellent fâcheusement celles dont nous gratifient certains scripteurs de forums consultables sur Internet… Mais peut-être suis-je un peu sévère... ou moqueuse… Quoique…

 

   

 

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